Le mois dernier, j’ai reçu un patient qui présentait une exacerbation aiguë d’une douleur à l’avant du genou qu’il avait déjà ressentie. Il joue au hockey et sa tendinopathie patellaire semble toujours se manifester en été, lorsqu’il s’entraîne davantage. Cela m’a donné envie de parler des tendinopathies dans l’infolettre de ce mois-ci. On comprend si peu comment les traiter et à quoi s’attendre en matière de pronostic. Je reçois aussi énormément de questions de patients sur la signification de leurs examens d’IMAGERIE lorsqu’il est question de tendinopathies.
Si vous traitez des athlètes, des personnes actives ou même des travailleurs de bureau, les tendinopathies sont omniprésentes et, si vous savez comment les traiter, cela changera votre pratique pour toujours ! Tant de personnes souffrent de problèmes chroniques aux tendons, qui peuvent toucher pratiquement n’importe quelle partie du corps. La tendinopathie peut être une source de douleur invalidante et entraîner une retraite sportive prématurée [1]. Statistiquement, un tiers des athlètes présentant une tendinopathie patellaire ne sont pas en mesure de reprendre le sport dans les six mois, et environ 53 % sont contraints d’abandonner [2]. Les personnes atteintes d’une tendinopathie latérale du coude ne constatent souvent aucune amélioration pendant un an et parfois ne guérissent jamais complètement [3] [4].
L’apparition d’une tendinopathie est généralement insidieuse et sa résolution peut être frustrante de lenteur. Sans réadaptation appropriée visant à corriger les mécanismes pathologiques associés, de nombreuses personnes se retrouvent prises dans un cycle de douleur chronique et d’exacerbations aiguës d’une douleur chronique, alors qu’elles tentent de reprendre leurs activités habituelles, sans que les facteurs de risque et les causes profondes, y compris ceux liés à la chaîne cinétique, soient pris en charge.
Qu’est-ce qu’une tendinopathie ?
La tendinopathie est un terme générique qui désigne une lésion du tendon sans rupture. C’est une affection clinique qui décrit la DOULEUR et le DYSFONCTIONNEMENT du tendon, indépendamment de la présence d’une pathologie dans celui-ci. Pour parler de la pathologie, deux termes sont généralement employés dans la littérature : tendinite et tendinose.
Ces termes décrivent les changements qui se produisent dans les tissus. Le terme tendinite est utilisé de manière interchangeable avec tendinopathie et désigne la présence d’une inflammation. Les changements dégénératifs du tendon observés à l’examen histologique ou à l’imagerie, indépendamment des symptômes, sont appelés tendinose.
Mécanismes pathologiques du tendon
Les tendons ont une capacité physiologique spécifique. Leur rôle est de transférer la force musculaire au système squelettique. De plus, ils jouent un rôle important dans la production de puissance et l’efficacité de la contraction musculaire, grâce au stockage et à la libération d’énergie élastique. La répétition des mouvements et les charges élevées sans repos suffisant peuvent entraîner une pathologie dans ces tissus.
Lorsque les tendons sont exposés de façon chronique à des charges de grande intensité ou de grand volume, ils subissent des cycles cumulatifs de lésions, d’inflammation et de réparation.
Sur le plan histologique, les tendons sont constitués de trois éléments principaux : du collagène de type 1, une matrice extracellulaire non collagénique bien hydratée et riche en glycosaminoglycanes, ainsi que des fibroblastes. Dans la tendinopathie, l’histopathologie se caractérise par : une désorganisation des fibres de collagène, une néovascularisation, une augmentation du nombre de nerfs sensitifs, une prolifération et une désorganisation des fibres de collagène de type 3, une augmentation des composants hydratés de la MEC et une augmentation du nombre de cellules ayant un phénotype métaboliquement plus actif. La figure ci-dessus illustre ces changements.
L’imagerie révèle-t-elle toute l’histoire ?
Le modèle actuel des pathologies tendineuses repose sur les changements structurels progressifs observés par imagerie médicale. Ces changements comprennent : un épaississement du tendon, une hypoéchogénicité focale, une hypervascularisation et une augmentation de l’intensité du signal.
Cependant, l’évolution des symptômes ne reflète pas les changements structurels. Considérez ceci : bien que peu de données probantes indiquent une association entre les anomalies structurelles et les symptômes, près de 50 % des personnes asymptomatiques présentent des anomalies structurelles [5] [6]. De plus, les déchirures partielles, notamment de la coiffe des rotateurs, sont fréquemment observées.
La présentation clinique d’une pathologie tendineuse est définie par la structure, mais aussi, et surtout, par les DÉFICIENCES MOTRICES et le SYSTÈME DE LA DOULEUR. Un traitement efficace de la tendinopathie entraînera une amélioration significative des symptômes en environ 12 semaines [7]. En revanche, la résolution complète des changements structurels peut prendre de 24 semaines à un an [8]. Comme le montre l’image ci-dessus, ce modèle des pathologies tendineuses indique que les changements du système de la douleur surviennent plus rapidement que les changements structurels. Ce phénomène est attribué à une sensibilité accrue du système nerveux dans les pathologies tendineuses, en particulier au stade chronique.
L’histoire de la sensibilisation centrale
Il est clair que des changements touchant les systèmes nerveux périphérique et central, impliquant des voies inflammatoires et non inflammatoires, surviennent et entraînent une hyperalgésie et une allodynie [9]. Vous pouvez consulter notre précédente infolettre sur la sensibilisation centrale ICI mais, pour l’instant, nous allons examiner le rôle qu’elle joue dans les symptômes de la tendinopathie et VOIR COMMENT NOUS POUVONS AIDER !
La sensibilisation centrale est présente dans de nombreux troubles musculosquelettiques chroniques. Nous allons ici aborder son rôle spécifique dans la physiopathologie de la tendinopathie latérale du coude et d’autres tendinopathies.
Dans la tendinopathie latérale du coude (TLC), des données probantes révèlent une amplification du réflexe de retrait nociceptif et une hyperalgésie mécanique généralisée [10] [11]. De plus, des déficits sensoriels et moteurs sont fréquemment observés chez les patients atteints de TLC et peuvent persister après la disparition des symptômes tendineux locaux [12]. Les personnes touchées présentent souvent une force de préhension indolore réduite, une préhension avec le poignet en position plus fléchie et une faiblesse des courts extenseurs du poignet (extenseur radial court du carpe) [13]. Les douleurs cervicales sont également plus fréquentes chez les patients atteints de TLC [14]. Dans d’autres études, une baisse du seuil de pression douloureuse est observée dans plusieurs tendinopathies, au site de la tendinopathie, MAIS AUSSI à d’autres endroits [15].
PRISE EN CHARGE
La prise en charge de la tendinopathie doit viser à réduire l’inflammation et la signalisation inflammatoire, à développer la tolérance du tendon et de l’unité musculosquelettique à la charge, à prendre en compte la chaîne cinétique et les principaux facteurs de risque biomécaniques, à améliorer la fonction motrice et à réduire la sensibilisation du système nerveux.
Dans une revue systématique, les résultats indiquent que la thérapie manuelle de la colonne cervicale
réduit l’hyperalgésie mécanique à distance chez les personnes souffrant ou non de douleurs musculosquelettiques, ce qui laisse supposer un effet potentiel sur la sensibilisation centrale [16].
En cas de tendinopathie aiguë ou d’exacerbation aiguë d’une tendinopathie chronique, j’aime utiliser la GLACE en association avec l’électroacupuncture. La glace aide à calmer l’inflammation dans le tendon et à réduire les lésions secondaires. Dernièrement, j’utilise des « manchons réfrigérants » (illustrés ci-dessous), et mes patients les apprécient beaucoup. Certains en ont même acheté. J’ai ajouté un lien aux images ci-dessous pour vous diriger vers le site Web, par souci de commodité !
L’électroacupuncture aide également à agir sur le système nerveux sensibilisé. Ne pas en tenir compte et ne pas rétablir un contrôle moteur adéquat peut expliquer la réapparition persistante des symptômes, qui entraîne une tendinopathie chronique et peut contraindre à abandonner le sport. L’électroacupuncture contribue non seulement à rétablir une signalisation neurologique adéquate et à inverser la sensibilisation centrale, mais elle provoque aussi une libération locale d’oxyde nitrique et une vasodilatation, améliorant ainsi la circulation sanguine. Pour en savoir plus, cliquez ici.
Ne laissez pas les résultats d’imagerie vous effrayer, ni effrayer votre patient. Prenez en charge la présentation clinique de ses symptômes et l’ensemble de la chaîne cinétique.
- Dr Mike Prebeg
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- Cook JL, Khan KM, Harcourt PR, Grant M, Young DA, Bonar SF. Étude transversale de 100 athlètes atteints d’un genou du sauteur, traités de façon conservatrice[1] ou chirurgicale. Groupe d’étude sur les tendons de l’Institut victorien du sport. Br J Sports Med. 1997;31:332-336. http://dx.doi.org/10.1136/bjsm.31.4.332
- Kettunen JA, Kvist M, Alanen E, Kujala UM. Pronostic à long terme du genou du sauteur chez les athlètes masculins. Étude prospective de suivi. Am J Sports Med. 2002;30:689-692.
- Bisset L, Smidt N, Van der Windt DA, et al. Traitements conservateurs du tennis elbow — sont-ils
- Binder AI, Hazleman BL. Épicondylite latérale de l’humérus — étude de son évolution naturelle et de l’effet du traitement conservateur. Br J Rheumatol. 1983;22:73-76. http://dx.doi.org/10.1093/ rheumatology/22.2.73
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